Depuis Nouméa, il suffit de quelques heures pour passer la nuit devant un îlot de sable ou au fond d’une baie de terre rouge. Voici les mouillages que nous fréquentons avec myCloud, et ce que nous regardons avant de jeter l’ancre ou de prendre une bouée.

Ce qu’un catamaran change au mouillage
Avec 1,3 m de tirant d’eau, un Lagoon 440 peut s’approcher plus près des plages qu’un monocoque de même taille, et profiter de zones de sable peu profondes où la mer est souvent plus calme. C’est un vrai avantage, à condition de ne pas oublier l’autre dimension : 7,7 m de large et beaucoup de fardage. Le bateau tire fort sur son mouillage dès que le vent forcit, et il occupe de la place quand il évite.
Concrètement, nous mouillons sur du sable, avec une patte d’oie pour répartir l’effort sur les deux étraves, une longueur de chaîne généreuse et un cercle d’évitage pensé pour nous et pour nos voisins. Un mouillage confortable par alizé établi peut devenir un piège si le vent tourne : c’est la question à se poser avant de choisir. Nous pensons aussi au trajet en annexe : un coin très abrité mais loin de la plage est parfois moins pratique qu’un mouillage un peu plus ouvert tout près du bord.
Les îlots proches : Maître, Canard et Amédée
L’îlot Maître et l’îlot Canard sont presque à portée de vue de l’Anse Vata. Ils sont parfaits pour une journée ou une nuit calme, mais ils sont très fréquentés le week-end, entre navettes, kitesurfeurs et bateaux à moteur. Ce sont des mouillages de beau temps, ouverts dès que le vent passe à l’ouest.
L’îlot Amédée, avec son phare, est un peu plus loin, près de la passe de Boulari. Les bateaux d’excursion y arrivent dans la journée ; nous préférons y être tôt le matin ou en fin d’après-midi. Ces trois îlots sont des aires de gestion durable de la province Sud : pêche, prélèvements, drones et camping y sont interdits, ce qui explique aussi la beauté de leurs fonds.
La baie de Prony
Au sud de la Grande Terre, la baie de Prony offre des abris pour presque toutes les directions de vent. La baie du Carénage, au nord-ouest, propose deux mouillages bien protégés par 10 à 15 m de fond, ce qui demande de la chaîne. Autour de l’îlot Casy, des bouées sont disponibles. Une grande partie de la baie est en aire protégée, et la pêche est interdite à certaines périodes dans le secteur de Grand Port. Selon la saison, on peut y croiser des baleines à bosse : on garde ses distances et on réduit sa vitesse.
L’île des Pins : Kuto ou Kanumera
Les deux baies sont séparées par la presqu’île de Kuto, et le choix dépend du vent. Kuto est le mouillage de référence par vent d’est : grand, sur sable, avec une plage où l’on débarque facilement en annexe. Il faut seulement rester à l’écart du wharf et de la zone balisée de bouées jaunes, utilisée par les navettes. Kanumera, de l’autre côté, abrite mieux quand le vent passe à l’ouest ; attention dans l’anse ouest à une grosse tête de corail qui affleure presque. Sur l’île, certaines baies sont interdites à la navigation et les usages coutumiers comptent : on se renseigne et on respecte la signalisation.
Le lagon sud
Entre Prony et l’île des Pins, le grand lagon sud fait partie des lagons de Nouvelle-Calédonie inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les îlots y sont nombreux et les mouillages de sable ne manquent pas, mais les cartes ne disent pas tout : têtes de corail isolées, platiers qui découvrent, balisage parfois discret. Nous y naviguons de jour, soleil haut ou dans le dos, avec quelqu’un à l’avant pour lire l’eau. Un faible tirant d’eau n’est pas une excuse pour couper au plus court.
Bouées et règles des aires protégées
La province Sud entretient de nombreuses bouées de mouillage dans les aires protégées. Son guide du lagon rappelle quelques règles que nous appliquons à la lettre :
- arriver lentement, face au vent ou au courant, en surveillant les baigneurs ;
- prendre d’abord les bouées les plus proches du rivage pour laisser de la place aux suivants ;
- vérifier l’état de la bouée : on reste responsable de son bateau ;
- garder au moins 5 m entre la bouée et le taquet, et rallonger si la bouée est tirée sous l’eau ;
- au-delà de 20 nœuds de vent, la sécurité n’est pas garantie pour les bateaux de plus de 10 m.
Avec 13,6 m, myCloud est concerné par ce dernier point : quand la prévision dépasse ce seuil, nous quittons la bouée pour un mouillage abrité. Partout ailleurs, l’ancre se pose sur le sable, jamais sur le corail ni dans les herbiers, qu’une ancre et sa chaîne détruisent en quelques minutes. Les déchets repartent à bord, et on ne jette aucun reste de poisson ou de nourriture près des îlots ou de la côte.
Les coups d’ouest
Le régime dominant est l’alizé de sud-est, et la plupart des mouillages du lagon sud sont pensés pour lui. Les coups d’ouest, souvent liés au passage d’un front, retournent la situation : un îlot confortable devient une côte sous le vent, avec un clapot court qui monte vite. Nous suivons Météo-France Nouvelle-Calédonie avant chaque nuit dehors, et nous gardons toujours en tête l’abri de repli : une baie fermée, Prony, ou le retour au port.
Dans le carnet de bord. Pour chaque mouillage : date, vent prévu et vent observé, type de fond, longueur de chaîne, bouée ou ancre, qualité de la nuit, et ce que nous ferions autrement. Aucune position précise : la description suffit à nous en souvenir.
